« TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA MOMIE DE RASCAR CAPAC »

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« Au départ le ‘Musée Art et Histoire’ m’avait demandé un film de cinq minutes, afin de promotionner leurs recherches scientifiques sur la momie de ‘Rascar Capac’, à qui ‘Hergé’ (Georges Remy/1907-1983/ndlr) avait donné vie. Ce projet m’ayant particulièrement intéressé, j’ai pensé que je pouvais réalisé un authentique documentaire de 52 minutes », nous confie le cinéasteFrédéric Cordier, avant la projection, en avant-première, de son film, ce jeudi 12 décembre, devant de nombreux collaborateurs du Musée et journalistes.

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Serge Lemaître et Caroline Tillieux aux Cliniques Universitaires Saint-Luc

« En fait, c’est grâce à mon précédent documentaire, de 52′, diffusé à la télévision en 2017, ‘Les Secrets engloutis du Titicaca’ (un lac d’une superficie de 8.000 km2, sis dans la Cordillière des Andes, à 3.812 m d’altitude/ndlr) que le ‘Musée Art et Histoire’ me contacta », tint à ajouter notre interlocuteur.

Directeur de la Société « Panoramique Terre Productions », le réalisateur et producteur bruxellois Frédéric Cordier  co-écrit, avec le réalisateur français – formé à l’ethnologierésidant en Equateur -, Philippe Molins, « Tintin et le Mystère de Rascar Capac », co-produit par« Un Film à la Patte » et Agnès Trintzius, de Strasbourg, la S.A. « Moulinsart », la « RTBF »« ARTE »« RTL » et sa propre Société.

Frédéric Cordier regardant la momie de « Rascar Capac » au « Musée Art et Histoire »

Tout au long de ce documentaire scientifique, nous suivons Serge Lemaître – docteur en ArchéologiePhilosophie et Lettresconservateur des collections « Amériques », au« Musée Art et Histoire »  –  et Caroline Tillieux  – docteur en Egyptologiearchéologue spécialisée sur les mystères des momiescollaboratrice de ce « Musée du Cinquantenaire », pour l’étude des momies égyptiennes et précolombiennes – qui sont les deux principaux acteurs de ce film.

Ils nous emmènent, tout naturellement, au Pérou, où ils rencontrent Eva Clara Torres Pinolicenciée en anthropologie et en archéologie, commissaire à la « Direction régionale de la Culture », à Cuzcoancienne capitale de l’Empire Inca, sise à 3.310 m d’altitude, au sein de la Cordillière des Andes.

Tintin et le mystère de la momie Rascar Capac (Samedi 21 décembre 2019 à 22.20 sur ARTE)
Prélèvement d’un cheveu d’une momie amérindienne, sous le regard attentif de Serge Lemaître

Afin d’étudier au mieux cette précieuse momieils rencontrent, à ParisAndré Delpuechdirecteur du « Musée de l’Homme »ancien responsable des collections des Amériques, au « Musée du Quai Branly »dès sa création, en 2005, ainsi que Jean-Bernard Huchet, ingénieur de recherche au « CNRS » (« Centre National de la Recherche Scientifique »), chercheur associé au « Laboratoire d’Etude et de Sauvegarde des Momies et Restes humains organiques » du « Musée de l’Homme ».

Examen des dentsradiographie 3D dans un scanner ultra performant, étude d’un prélèvement de peauanalyse toxicologique de cheveux : cette momie précolombienne livre petit à petit des indications sur son âgesa taille, les causes de son décès, mais également sa classe sociale et sa région d’origine. Commentés à chaque étape par un expert  (archéo-entomologisteradiologuetoxicologue, …), les résultats obtenus éclairent l’histoire, l’organisation sociale et les pratiques funéraires des Incas. Victime de la conquête espagnole au XVè siècle, la riche civilisation andine a encore de nombreux secrets à révéler aux chercheurs.

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La momie de « Rascar Capac » passée à la radioscopie 3D dans un scanner ultra performant

Bruxelles et Leuven, nous les voyons, aux côtés de leur collègue du musée, Luc Delvaux  – docteur en Egyptologie, conservateur de la « Collection Egypte dynastique et gréco-romaine »  -, ainsi qu’à ceux de Mathieu Boudindocteurcollaborateur scientifique du laboratoire de datation radiocarborne, au « Royal Institute for Cultural Heritage », et d’Alexandre Chevalier – archéo-botanisteattaché au « Musée des Sciences naturelles », sans oublier, aux« Cliniques universitaires Saint-Luc », aux côtés d’Etienne Danse  – radiologuechef de clinique et chargé de cours, au« Département d’Imagerie médicale »  –  et de Jean-Philippe Hastir  – assistant dans ce dernier département.

Soulignons que ce documentaire scientifique jouit d’un bien agréable montage, avec des images animées -réalisées avec l’autorisation de la S.A. « Moulinsart », par la « Motion Agency », de Strasbourg -, sorties du 13è album des  « Aventures de Tintin », dessiné et scénarisé par « Hergé », édité par« Casterman », « Les 7 Boules de Cristal » (1948),« Hergé » ayant créé « Tintin »  en 1929, dans le supplément jeunesse« Le Petit Vingtième »du journal « Le Vingtième Siècle », qui assura la publication de ses premières aventures, « Tintin au Pays des Soviets », dont le titre original était « Les Aventures de Tintin, reporter du ‘Petit Vingtième’, au pays des Soviets ».

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« Hergé » donne vie à sa momie de « Rascar Capac » © « Hergé/Moulinsart » 2020

Dans le film de Frédéric Cordier, nous voyons la momie prendre vie, comme « Hergé » l’avait pensé, faisant de « Rascar Capac » un authentique personnage de bande dessinée. Par ailleurs, nous notons l’intervention  de  Dominique Maricqcollaborateur au sein de la S.A.« Moulinsart »écrivain spécialisé dans l’oeuvre d’ « Hergé », dont il est l’un des principaux bibliographes.

Dans le dossier de presse de son documentaire, le réalisateur écrit : « Je me souviens encore, comme si c’était hier, de ma ptemière découverte du personnage de ‘Rascar Capac’. Je devais avoir environ huit ou neuf ans. La peur qui m’envahissait, associée, curieusement, à une sorte de fascination, me procurait cette envie, presque frénétique, d’en savoir plus sur l’histoire précolombombienne, la Cordillère des Andes, le dieu soleil et bien d’autres choses me paraissant tellement énigmatiques. C’est ainsi que, grâce à ‘Hergé’, via les aventures de ‘Tintin’, que j’ai fait la connaissance, pour la première fois, avec ce continent sud-américain, qui n’a cessé, dès lors, de m’occuper l’esprit et d’animer mes projets cinématographiques… » 

Extrait des

Deux cases publiées dans « Le Soir », en 1942 © « Hergé/Moulinsart » 2020

A noter que Serge Lemaître nous avoua que c’est cette aventure de « Tintin » qui lui donna l’envie de devenir  archéologue, et comme il nous le dit : « au fond, ma barbe ne peut-elle pas m’assimiler au ‘Capitaine Haddock’  (compagnon de « Tintin », dès 1941/ndlr) ? … »

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La momie de « Rascar Capac », telle que dessinée par © « Hergé/Moulinsart » 2020
… Et si « Hergé » a posé un «  borla » ou diadème royal, sur la tête de« Rascar Capac », l’étude scientifique,  menée par Serge Lemaître et Caroline Tillieux, nous apprend que cette momie n’est pas celle d’un nobleni d’un  Péruvien, mais plutôt d’un Chilien, qui aurait pû être un simple pécheur, sur la Côte de l’Océan Pacifique

… Ainsi nos deux scientifiques belges se sont rendus au Chili, rencontrant Maria Santos Varelaarchéologueconservatrice en chef  du« Musée archéologique » de San Miguel de AzapaSusana Monsalvebiologisteattachée à ce même musée, ainsi que Juan Pablo Ogaldeanthropologue, historien de l’« Universitad catholica del Norte », de la région de Tarapacà.

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Au Chili, le désert d’Atacama longeant l’Océan Atlantique, dans la Province d’Arica

Dans cette région désertique d’Atacama, longeant l’Océan Pacifique, dans la Province d’Arica, nous voyons deux figurants, dans les rôles de pêcheursenterrant une momie dans le sable du désert d’Atacama, et se déplaçant, (peu) habillés, comme l’étaient les autochtones à l’époque où a vécu cet homme qu’ « Hergé » baptisa du nom de « Rascar Capac »« Capac » étant le nom de différents Empereurs Inca, tels Manco Capac ou Mayta  Capac« Rascar »  pouvant provenir de lascar

… Un nom bien plus agréable que la mention de cette momie au Musée, où elle n’était connue que sous le numéro d’inventaire AAM5939, étant arrivée en ce lieu avec cinq autres momies amérindiennes, retrouvées dans des caisses  dormant dans les réserves de ce Musée, dont celles, porteuses des numéros d’inventaire AAM5936 et AAM539, qui furent aussi analysées par Caroline Tillieux et Serge Lemaître, … ce dernier nous informant que plusieurs des personnes, l’une d’elles étant encore hospitalisée, ayant participé aux analyses scientifiques autour de ces momies, soufrirent, peu après, de différents malaises, moins graves, heureusement, que ceux imaginés par « Hergé », dans « Les 7 Boules de Cristal »…

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La malédiction de « Rascar Capac », dans « Les 7 Boules de Cristal »  © « Hergé/Moulinsart » 2020

 « J’espère que tout ira bien pour vous durant l’année 2020… » fut la phrase prononcée, ensuite, au micro, par Yves Février, qui représentait la S.A. « Moulinsart », au Musée, ce jeudi 12 décembre, nous signalant que plus de cent personnes travaillent au sein de cette Société, dont la mission est de préserver l’oeuvre d’ « Hergé », notamment via la publication de nombreux ouvrages, que l’on retrouve en vente, notamment, au « Musée Hergé », à Louvain-la-Neuve, dont la visite est indispensable pour tout qui veut en savoir plus sur la carrière de cet auteurde ses créations publicitaires à ses peintures, en passant, bien sûr, par son important apport à la bande dessinée franco-belge, via les aventures de « Tintin », … mais pas seulement ! …

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Ouvrage reprenant 152 strips publiés par « Le Soir » (1943-1944)  ©  « Hergé/Moulinsart » 2020

Parmi les publications des « Editions Moulinsart », notons « Les Mystères des 7 Boules de Cristal » (122 p./ 2012), reprenant les 152 stripsen noir et blanc, de cet épisode mythique, tels qu’ils furent publiés dans le quotidien « Le Soir »entre décembre 1943 et août 1944, accompagnés de commentaires et recherches documentaires de Philippe Goddin, ancien secrétaire général aux« Studios Hergé »  (autefois « Fondation Hergé »), auteur, entre autres d’ « Hergé, Lignes de Vie ».

Mais comment Serge Lemaître et Caroline Tillieux ont-ils pû en arriver à la conclusion que la momie amérindienne, porteuse du numéro d’inventaire AAM5939, n’était pas celle d’un noble ? En fait, la tradition était, à l’époque des Incas, d’allonger le crâne des nobles, de même que les lobes des oreilles s’allongeaient par le port de lourdes boucles d’oreilles… Hors la momie de « Raspar Capac » ne répondait à aucun de ces deux critères

A noter que si en Egypte, seuls les Pharaons et hauts dignitaires étaient momifiés, avec la présence d’amulettes, leurs momies étant allongées, ce rituel d’embaumement prenant plusieurs semaines, pour les Amérindiens, momifiés en position accroupie, chacun, quelque soit sa classe sociale était ainsi enterré, sans embaumement, avec quelques objets usuels à ses côtés, comme ce documentaire nous le montre.

Comment peut-on affirmer qu’il ne vivait pas au Pérou ? Parce qu’après l’analyse de morceaux de peau et de cheveux, l’on fut amené à conclure que « Raspar Capac » consommait, entre autres, des tomates, qui ne pouvaient être cultivées dans la région de Cuzco, l’altitude y étant trop élevée et le climat se devant d’être chaud et sec, ce qui est bien le cas sur la  Côte atlantique du Chili

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Serge Lemaître et Caroline Tillieux lisant « Les 7 Boules de Cristal » 

En outre, nous apprenons que la célèbre peinture « Le Cri » (1893), de l’artiste norvégien Edvard Munch (1863-1944) a été inspirée d’une momie amérindienne conservée au « Musée de l’Homme », à Paris

… Pour en revenir à la momie de « Raspar Capac » – cet Amérindien, décédé entre 30 et 40 ans -, aucun état d’entrée n’a été fait quant à l’année et le jour de son arrivée au Musée. Elle aurait pû être acheminée en Belgique par un ornithologue, le Baron Jean-Baptiste Popelaire de Terloo (1810-1870), dans les années 1840, suite à son séjour en Amérique du Sud, mais il n’existe aucune certitude ce concernant.

N’hésitons donc pas à aller (re)voir cette précieuse momieau sein de la Collection des Amériques du« Musée Art et Histoire », sachant qu’au sein de cette même section du Musée, nous trouvons, aussi le fétiche en bois qui inspira  « Hergé » pour la 6è aventure de « Tintin », « L’Oreille cassée », publiée, en noir et banc, du 05 décembre 1935 au 25 février 1937, dans les pages du « Petit Vingtième », la première édition de l’album en couleurs, par les « Ed. Casterman », datant de 1943.

Site web du “Musée Art et Histoire”  http://www.kmkg-mrah.be/.

 

Le fétiche du « Musée Art et Histoire » et celui dessiné par © « Hergé/Moulinsart » 2020
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
N’oubliant pas ce qu’ « Hergé » écrivit : « ‘Tintin’ ne lutte pas pour le bonheur de tous les hommes, mais chaque fois que les hasards de ses aventures l’ont mis en présence d’un homme victime de la misère, de l’injustice, de la violence, c’est pour cet homme-là que ‘Tintin’ a pris parti » , signalons la parution du 4è numéro d’un magazine « Tintin, c’est l’Aventure » (« Ed. Geo »/broché/15€95).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Et pour en savoir plus sur tous les événements en rapport avec l’oeuvre d’ « Hergé », réputé pour son style graphique de la« ligne claire », il convient de consulter le site web : http://www.tintin.com.
Yves Calbert,
Photographies, sauf indications contraires : © « Panoramique Terre Productions »

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