1 mars 2021

« ROY LICHTENSTEIN-VISIONS MULTIPLES », AU « BAM », A MONS, EXPO PROLONGÉE JUSQU’AU 18 AVRIL

« Je sais que mon travail a été accusé de ressembler aux choses que je copie, et il leur ressemble certainement. Je pense que c’est dû en grande partie au fait que les gens supposent que les choses similaires sont identiques. L’art est très illusoire et on ne peut jamais présumer de sa nature ni que telle oeuvre relève de l’art. Mais c’est précisément cette qualité, quelle que soit la nature de l’art, qui transcende l’oeuvre en quelque chose de différent du sujet. On considérait les  »comics’ comme ne relevant pas du domaine de l’art et c’est un autre tabou qui est brisé. » Ainsi parlait Roy Lichtenstein (1923-1997) – l’un des artistes américains les plus importants du mouvement « Pop-Art »  -, en 1966, interrogé par par A Salomon.

Roy Lichtenstein, Reverie, 1965 Sérigraphie sur papier vélin blanc lisse 76.5 x 60.9 cm Collection Lex Harding, présenté au BAM de Mons dans l'exposition « Visions multiples » © Estate of Roy Lichtenstein / SABAM 2020

« Rêverie »/76.5 x 60.9 cm/1965 © The Roy Lichtenstein Foundation Collection / SABAM 2021

En 1964, il avait éclaré : « Dans mes œuvres, j’ai voulu donner l’impression d’un programme ou d’un côté impersonnel, mais je ne crois vraiment pas que je sois impersonnel quand je les crée. Et je ne crois pas que ce soit possible de l’être. » 

Alors qu’en 1967, il ajoutait : « Je veux que mon tableau ait l’air d’avoir été programmé. Je veux cacher la trace de ma main »,… des mots qui guidèrent sa pratique artistique.

… Quelques premières oeuvres sont exposées à Mons, dont une gavure sur bois, avec sérigraphie sur papier « Troya »intitulée « St. Georges and the Dragon – Killing the Dragon », réalisée en 1950.

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« St.-Georges Killing the Dragon »/37 x 26,7 cm/1950 © R. Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

Diplômé eBeaux-Arts de l’« Université d’Etat de l’Ohio », le New-Yorkais Roy Lichtenstein avait dû interrompre ses études durant trois ans, recruté par l’armée américaine durant la seconde guerre mondiale, ce qui l’amena à passer par LondresParis et Bruxellestout en continuant à dessiner.

Pour la réalisation de cette exposition montoise, le« BAM » a fait appel à Gianni Mercuriospécialiste de l’œuvre de Roy Lichtenstein depuis plus de vingt ans, déjà commissaire, à Milan, en 2010, pour l’expo « Roy Lichtenstein. Meditations on Art », ayant, également, organisé d’autres expositions consacrées, entre autres à Keith Haring (1958-1990) et Andy Warhol (1928-1987), ce dernier bénéficiant, également jusqu’au dimanche 18 avril, d’une autre expo à ne pas manquer, « Warhol.The American Dream Factory », à découvrir à « La Boverie »à Liège

r/OldSchoolCool - Roy Lichtenstein sitting alongside one of his artwork, Crying Girl, in the 1960's

Roy Lichtenstein photographié dans les années ’60

… Mais revenons à Mons, où une centaine d’ oeuvres (bannièresestampesgravureslithographies, tapisseriessculptures et sérigraphies) de Roy Lichtenstein, nous sont présentées, jusqu’au dimanche 18 avril, aux « Beaux-Arts de Mons » (« BAM »), cette exposition s’intitulant « Roy Lichtenstein-Visions multiples ».

Organisée selon un parcours thématique, elle met en évidence l’évolution de l’œuvre de Roy Lichtenstein, par rapport à la reproductibilité mécanique des œuvres d’art, dont il a peut-être été l’interprète le plus sophistiqué, illustrant en même temps ses diverses interprétations et représentations formelles sur les sujets traités : des visions passant d’un langage artistique à l’autre avec des références transhistoriques constantes.

Ce parcours thématique se compose de huit sections : Histoire et Traditions ; Objets du Quotidien ; Intérieurs ; Action Comics ; Figure féminine ; Paysages ; Abstractions ; et Les Maîtres du XXè Siècle.

C’est en 1961 qu’il commence réellement à peindre de manière « pop »s’inspirant des dessins animés. Sa première œuvre à grande échelle est « Look Mickey », non exposée au « BAM », qu’il réalise en 1961. La réalisation de ce tableau est le résultat d’un défi de son fils qui lui dit un jour, en lisant une bande dessinée de« Mickey Mouse »  : « Je parie que tu ne peux pas peindre aussi bien que lui, hein, papa ? ». A bon entendeur, il s’est emparé de ses pinceaux et a dessiné « Mickey » et « Donald »dans un style emprunté directement à la bande dessinée, ce qui lui vaudra sa renommée.

Hors Expo : « Look Mickey »/121,9 × 175,3 cm/1961 © The Roy Lichtenstein Foundation Collection 

Tel un linguisterésolu à extraire du langage ses expressions les plus concises, Roy Lichtenstein – admirateur des oeuvres de Paul Klee (1879-1940), Joan Miro (1893-1983), Piet Mondrian (Pieter Cornelis Mondriaan/1872-1944) et Pablo Picasso (1881-1973) – entreprend une simplification des formes et des codes. Sa recherche d’économie graphique et d’impact immédiat l’amène à explorer le plus minimal des signes : le point.

Déjà utilisés pour son « Look Mickey », ces points de trame – appelés « Ben-Day », du nom de l’éditeur new-yorkais Benjamin Henry Day (1810- 1889) -, sont une caractéristique des œuvres de Roy Lichtenstein. Comme nous pouvons le constater, cette technique est proche de celle du pointillisme, les points de couleurs primaires de notre artiste étant de nettement plus grande taille.

Ce concernant, dans le « guide du visiteur » qui nous est gracieusement offert à l’accueil du musée, nous lisons : **« Il réalise d’abord les points de trame à la main avant de s’aider de différents supports comme des pochoirs, des plaques de métal perforées ou une brosse à dents. Pour l’artiste, les ‘Ben-Day’ sont à la fois décoratifs et informatifs, représentant la technique d’impression ou signifiant avec humour que l’image est fausse. Ils renforcent la relation entre l’œuvre finale et sa source imprimée. »

Plus généralement, concernant son processus créatif, nous lisons : **« Dans son atelier, il était possible de
retrouver de nombreux carnets dans lesquels il découpait, compilait et assemblait des images trouvées dans des magazines et des bandes-dessinées. Ces carnets étaient le point de départ de nouvelles œuvres. »

** « (Après avoir réalisé) un dessin préparatoire au crayon qu’il travaille longuement pour simplifier et trouver
la composition qui aura le plus d’impact, il retravaille ce premier croquis sur un canevas plus grand pour préciser les tracés, la composition et faire une recherche de couleurs avant de projeter le résultat final sur la toile. Il applique
alors la peinture en aplat, zone par zone, à l’aide de caches et de papier collant. Pour peindre, il place ses tableaux sur un chevalet tournant, parfois de biais, parfois à l’envers, pour mieux oublier le sujet et se concentrer uniquement sur la composition. A travers l’ensemble de ces étapes, la spontanéité du geste de l’artiste disparaît pour laisser une œuvre lisse et parfaite. Ces toiles aux apparences mécaniques sont en réalité le résultat d’un travail artisanal minutieux. »

Autres caractérisiques, ses larges cernes noires et ses coups de pinceaux stylisés (« brushstrokes »). Quant à ses sujets, il les choisit populaires, rappellant les publicités et le monde américainquelque peu stéréotypé, de la deuxième moitié du XXè siècle.

En 1995, pour « le soir », jean-marie wynants avait rencontré Roy Lichtenstein, qui lui confia « mon travail a l’air très ‘fermé’ à l’arrivée mais, en fait, je tiens à jouir d’une grande liberté    je dessine d’abord des esquisses, puis je réalise de petits formarts que je projette ensuite sur la toile à la taille qui me semble la plus appropriée   au lieu de peindre directement, j’utilise des collages que je place et déplace sans cesse jusqu’à ce que je trouve les bonnes combinaisons  dr’autre part, les épais traits noirs qui font partie intégrante de mon travail sont d’abord réalisés avec du papier adhésif   cela me permet de déplacer les choses très aisément « 

« Sweet Dreams Baby » est l’une des premières estampes pop art de Lichtenstein, lorsqu’il a adopté ce style. Il travaillait dans les années 40 et 50 dans un style plus abstrait, un style qui était plus courant en Amérique à cette époque, et ce n’est qu’au début des années 60 quand il était revenu à New York qu’il a développé dans ce style de bande dessinée en utilisant ce motif de points, connu sous le nom de point de Benday, pour créer ses scènes.Roy Lichtenstein, Sweet Dreams Baby!, 1965, Collection Lex Harding, présenté au BAM de Mons dans l'exposition « Visions multiples » © Estate of Roy Lichtenstein / SABAM 2020

« Sweet Dreams Baby »/95,6 x 70,1 cm/1965 © The Roy Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

Si de cet artiste, le grand public retient donc, surtout, son travail autour des« comics »  (bandes dessinées américaines), notons qu’il s’attaqua, également, à la bande dessinée belge, pour réaliser, non exposée au « BAM », la couverture d’un livre – « Tintin in the World », de Frederic Tuten – Roy Lichtenstein s’était inspiré d’une  case de « L’Oreille cassé  » (« Hergé « {Georges Remy/1907-1983}/Ed. « Casterman »/1937), où l’on voit Tintin lisant paisiblement dans son fauteuil.

Roy Lichtenstein 'Tintin Reading' 1994 Rare vintage image 0

Hors Expo : « Tintin reading »/1993 © Hergé-Moulinsart 2021 © Collection Carlo F. Bilotti, Palm Beach 

Notons que Roy Lichtenstein fut reçu, deux ans plus tard, en 1995, aux« Studios Hergé »à Bruxelles, par Philippe Goddin, avouant à ce dernier (en fin d’épilogue de « Hergé, Tintin et les Américains »/p. 233) qu’il s’était  inspiré d’un ouvrage de ce dernier, « Hergé et Tintin Reporters », édité au « Lombard », en 1986, afin de réaliser sa composition à l’acrylique « Tintin Reading » (168 x 206 cm/1993), qui, au départ, avait été sollicitée pour constituer la couverture de « Tintin in the World », de Frederic Tuten, la touche personnelle de notre artiste étant d’introduire, dans le décor de la pièce, le célèbre tableau d’Henri Matisse (1869-1954), « La Danse » (1909).

Au sujet de son travail inspiré des« comics », il déclara, en 1969, à l’occasion d’une conversation avec D. Waldman :« Les comics forment un récit séquentiel. Mais je me focalise généralement sur une seule case. Ainsi, elle transmet un message sans vraiment communiquer. La case donne l »illusion de faire partie d’un récit qui se dérobe à notre entendement. Il y a une dimension comique mais aussi une forme de réalisme qui provient de la ligne claire (expression créée en 1977, par le dessinateur néerlandais Joost Swarte {°1947}, pour qualifier le style d’Hergé marqué par l’épure et la lisibilité), du zoom avant et de la curiosité pour un type d’oeuvre donné. »

Dans le catalogueaux très nombreuses illustationsGianni Mercurio écrit :« Adepte de l’art miroir de la
société, Lichtenstein prive les sujets de ses œuvres – peintures, sculptures et œuvres graphiques – de leur composante émotionnelle. Pour y parvenir, il s’appuie sur les aplats de couleurs, les cernes et les lignes et, dans de nombreux cas, sur l’utilisation de points qui rappellent la trame des bandes dessinées. »

Quant à Roy Lichtenstein, lui-même, il déclara :« Je travaillais sur des bandes dessinées et des images publicitaires. J’ai simplement pris conscience que je pouvais faire un Picasso et quelque chose de simple en le gtraitant de la manière dont j’aurais traité des sujets d’art mineur. la démarche allait au-delà de l’idée de faire une reproduction d’un Picasso ; ça avait l’air d’un faux Picasso, d’un Picasso à la sauce ‘populaire’, un Picasso discount, en quelque sorte », extrait d’un article intitulé « Picasso was here. Five contemporay artists mine the master », de M. Diehl, pour« Art & Antiques » N° 2.

« Still Life with Picasso »/718 x 530 mm/1973 © The Roy Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

**  » ‘Still life with Picasso’ est une sérigraphie en couleur créée pour le portfolio ‘Hommage à Picasso’. Pour ce type de travail, il va plus loin que la simple copie et réinterprète les portraits de Picasso en les déconstruisant et en y ajoutant sa touche personnelle. Il va ainsi y intégrer des thématiques (effet miroir, nature morte) et des techniques (Ben-Day, formes simplifiées cernées de noir, aplats unis de couleurs vives) propres à son vocabulaire pictural. La patte de Picasso est devenue la sienne. »

Roy Lichtenstein, I Love Liberty, 1982 Sérigraphie sur papier Arches 88 97.5 x 68.8 cm Collection Lex Harding © Estate of Roy Lichtenstein / SABAM 2020

« I love Liberty »/97,5 x 68,8 cm/1982/Coll. L. Harding © R. Lichtenstein Found. Coll. / SABAM 2021

Avec ses couleurs franches et ses traits parfaitement netsl’univers de Roy Lichtenstein est instantanément reconnaissableFigure majeure du« Pop-Art », il a créé une œuvre unique, utilisant ou simulant les moyens mécaniques de reproduction afin de détourner, à sa façon, les icônes du rêve américain.

#MadeInUSA Roy Lichtenstein : des points, c'est tout ?

« Crying Girl »/45 x 61 cm/1963 © The Roy Lichtenstein Foundation Collection/ SABAM 2021

Notons un paradoxe : tandis que tout le monde s’acharne à mettre le geste de l’artiste en évidence, il veut, au contraire, le faire disparaître, revendiquant un style « aussi artificiel que possible », qui, dès lors, devient instantanément reconnaissable.

**  » ‘Crak !’ est une lithographie inspirée d’une case de la bande dessinée ‘Star Spangled War Stories’, dont le thème est la guerre. Lichtenstein va énormément s’inspirer des bandes dessinées d’action qui présentent des scènes dynamiques de violence, de combats et de guerre… Certains trouveront dans ces œuvres une critique de la guerre du Vietnam, mais Lichtenstein démentira ces propos. De plus, la création de ces œuvres est d’une date antérieure au conflit. Toutefois, il ne nie pas les références à ce qu’il appelle ‘l’absurde brutalité militaire’ et l’agressivité de la politique des Etats-Unis de l’époque. »

CRAK!
« Crak ! »/48,9x 70,2 cm/1963 © The Roy Lichtenstein Foundation Collection / SABAM 2021

Gianni Mercurio écrit :«  Lichtenstein crée une juxtaposition entre la violence des images de guerre, issues de ses bandes dessinées masculines, et le sentimentalisme féminin. L’artiste sera accusé de représenter un univers machiste, ce qui causera de gros malentendus. L’artiste n’avait pas pour dessein de faire une critique sociopolitique, mais plutôt de donner naissance à une nouvelle esthétique, centrée sur la nature de la communication publicitaitre : directe, simple et essentielle… »

« … Pour la première fois, dans ses nouvelles oeuvres, l’artiste a recours à un ordinateur pour disposer et ombrer les points de trames », Roy Lichtenstein déclarant :« Les points sont dégradés, du plus grand au plus petit…

Roy Lichtenstein, Two Nudes, 1994 Impression en relief 13 couleurs sur papier moulé Rives BFK, Collection Lex Harding, présenté au BAM de Mons dans l'exposition « Visions multiples » © Estate of Roy Lichtenstein / SABAM 2020

« Two Nudes »/122,1 x 104,6 cm/1994 © The Roy Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

À travers son nu « Two Nudes » et d’autres, il se plonge dans l’histoire de l’art, à coup de références subtiles : la position et l’attitude rappellent les poses lascives et cinématographiques des dernières œuvres de Francis Picabia (1879-1953), l’idéalisation des courbes féminines suggèrant l’allusion érotique de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867). Tout comme Henri Matisse, il affirme l’autonomie de la couleur en choisissant une palette tout à fait inattendue.

M. Kimmelman rapporte, en 1998, le propos de Roy Lichtenstein, dans l’un de ses ouvrages (catalogue/p. 136) : « Dans mes nus, je voulais mêler des conventions artistiques a priori incompatibles, à savoir le clair-obscur et les aplats de couleur, et étudier l’effet produit. J’avais observé une démarche similaire dans l’oeuvre de Fernand Léger (1881-1955). Mes nus sont mi-clairs mi-obscurs , tout comme les arrière-plans, où les points évoquent l’ombre… J’ignore pourquoi j’ai choisi les nus. Je n’en n’avais jamais peint auparavant… J’avais aussi l’impression que le clair-obscur donnerait bien pour le rendu du corps. Dans mes nus, la chair ou les carnations sont tellement évanescentes, tellement surréalistes, que le nu soulignait le hiatus entre la réalité et la convention artistique. Je suis convaincu que le public verra le choix du nu difféemment. J’aurais tout à fait pu faire des natures mortes en ce qui me concerne.  En fait, la première oeuvre que j’ai essayée en suivant cette approche était une nature morte. »

Pour la « BBC », en 1997, à New York, Roy Lichtenstein confiait à D. Sylvester (catalogue/p. 117) :« Enfant, je dévorais les bandes dessinéees. Les héroïnes étaient vraiment convaincantes. Je les trouvais très belles aujourd’hui, je me concentre sur le trait et ces personnages ne me font plus le même effet. Enfant, j’étais amoureux de ces femmes  aujourd’hui, dans les originaux, dans les comics, elles n’ont plus la même saveur. Je me rends compte que certaines sont mieux dessinées, plus conformes aux clichés que d’autres. Comme je l’ai dit, aujourd’hui, je m’intétesse à l’archétype du cliché, mais aussi à la puissance du dessin. Ily a un peu des deux. »

Roy Lichtenstein, The Oval Office, 1992 Lithographie offset, en jaune, bleu clair, orange, rouge, bleu foncé, noir et couche transparente, sur Reflect 86.4 x 96.5 cm Collection Lex Harding © Estate of Roy Lichtenstein / SABAM 2020« The Oval Office »/90,6 x 115,6 cm/1992 © The Roy Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

Dans un tout autre registre – bien d’actualité, vu le récent changement de locataire de ce lieu -, Roy Lichtenstein, intéressé par les« intérieurs », réalisa son « Oval Office », déclarant :« Le bureau ovale, à Washington… est un formidable creuset du pouvoir, qui confère au tableau un sentiment de déférence exagéré… Tout a commencé par une affiche destinée à collecter des fonds pour les candidats… L’affiche est devenue estampe dans le meme but… »

« The Oval Office » – pour lequel notre artiste avait adopté une perspective moderniste, utilisant les méthodes du design commercial – avait été commandé, en 1992, dans le cadre du projet « Artists for Freedom of Expression », au profit du« Comité national démocratique », pendant la campagne présidentielle américaine de Bill Clinton.

** « Pour réaliser cette œuvre, Roy Lichtenstein a étudié, avec précision, plusieurs photos d’archives du bureau ovale, à des périodes différentes. Il a mixé ces différentes images et y a inclus des détails décoratifs pour créer sa propre version de la pièce la plus secrète des États-Unis. »

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Une scénographie des plus réussies © The Roy Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

Parcourant les salles du « BAM », nous découvrons, également, une variété de techniquesréalisées sur divers supports, tels l’émail, la céramique, le plexiglas, ou encore le rowlux (film plastique qui semble bouger quand on passe devant). Ainsi, la scénographie de cette exposition est relevée par la présence de différentes scultptures en bronze, peint et patiné (ou maquettes de celles-ci), de l’artiste, certaines d’entre elles se caractérisant par l’utilisation de la « trame Ben-Day ».

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« Brushstroke Nude » (maquette)/146,1 x 36,8 x 33 cm/1992-2005 © Lichtenstein Found. Coll./SABAM 

Témoin de la diversité de son talent, notons, aussi, l’accrochage au« BAM » de « Suspended Mobile », une

sérigraphie sur tissu monofilament de polyester, tendue sur un cadre rectangulaire avec intérieur concave.
 
Parmi les déclarations qu’il fit, notons encore celle-ci : « Je créais des dessins animés et d’autres images commerciales, ayant simplement eu l’idée que je pouvais faire un Picasso, le transformer en quelque chose de simple, qui pourrait être utilisé plus ou moins de la même manière que les objets d’art populaire.»
lichtenstein,mons,bam,expositionSuspended Mobile/128,9 x 192,4 x 10,2 cm/1990 © Roy Lichtenstein Foundation Coll. / SABAM 2021

Dans une petite salle, afin de nous immerger dans l’univers culturel de Roy Lichtenstein, nous trouvons, également, trois oeuvres  illustrant l’attirance de notre artiste pour le Jazz, des extraits musicaux étant offerts à notre écoute. Parmi celles-ci, l’une est due à l’artiste parisien Bernard Rancillac (°1931), s’intitulant « Pharoah Sanders et Sony Sharroc », une huile sur toile, peinte en 1970.

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« Pharoah Sanders et Sony Sharroc » (Bernard Rancillac)/114 x 146 cm/1970 © Coll. Thomas Neirynck/« Fondation Roi Baudouin »/mise en dépôt à l’ « Artothèque » (Mons)

Avec sa « Recréation », Roy Lichtenstein annonce que nous vivons une époque où l’histoire héroïque de l’évolution de l’art moderne – de Vincent Van Gogh (1853-1890/ses oeuvres ayant été superbement exposées au « BAM », à l’occasion de l’événément « Mons 2015 »), et Claude Monet (1840-1926) à Pablo Picasso (1881-1973) et à l’action painting – est un chapitre clos.

« Brushstrokes »/56 x 76 cm/1967 © The Roy Lichtenstein Foundation Collection / SABAM 2021

Evoquons maintenant ses coups de pinceaux, ou ‘Brushstrokes’, qu’il utilisa, également, bien plus tard, lors de la création de sculptures en bronze.

**  » Le motif du coup de pinceau est un incontournable du répertoire pictural de Lichtenstein. Le sujet du tableau est la peinture en elle-même. L’ ‘Action Painting’ de Jackson Pollock (1912-1956) ou de Willem de Kooning (1904-1997) met à l’époque en exergue l’acte de peindre. Les taches, les coulures, les traits, sont alors le véritable acte artistique, au centre de la démarche, rejetant l’imitation ou la représentation du réel… Dépersonnalisé, l’acte de peindre est désormais sans émotion, traité dans un style froid et mécanique, la toile est parfaitement lisse, sans dripping ni éclaboussures ni taches. En isolant le coup de pinceau, Roy Lichtenstein fait de lui un symbole qui apparaît de manière récurrente dans toute son œuvre, de la toile à la sculpture. »

Interviewé par Kerstin Rostnotre artiste déclara (catalogue/p. 139) : » ‘Brushstroke’ émane d’une volonté de conférer une aura classique au romantisme quand je représente le coup de pinceau sur une toile, j’exprime le conflit entre la technique quasi expressionniste et le motif publicitaire. ‘Brushtroke’ se compose de centaines de petits coups de pinceau qui, à l’arrivée, forment une seule marque… Je suis fasciné par les artifices j’essaye d’être aussi stylisé que possible, sans être stylé. »

Pensant à ses sculptures en bronze, il poursuivit : « Ma récente sculpture de ‘Brushstroke’ s’apparente à une, de cristallisé tentative de donner forme à l’instant fugace, de cristalliser l’éphémère, de le concrétiser. Le coup de pinceau du peintre en bronze j’aime cette idée… Le coup de pinceau se dédouble comme un nuage. »

Singapour Brushstroke AF, 1996

Pontiac Marina, Singapour : installation « Singapore Brushstroke »/1996 © Lichtenstein Found. Coll.

Le critique d’art britannique David Sylvester (1924-2001) réalisa, en 1997, l’année du décès de l’artiste, la
dernière interview accordée par Roy Lichtenstein, évoquant son ultime installation de sculptures monumentales, intitulée « Singapore Brushstroke », installée, en 1996, à la« Pontiac Marina », à Singapour

Roy Lichtenstein décéda d’une pneumonie, au« New York University Medical Center », le 29 septembre 1997, alors que du 15 juin au 09 novembre 1997, sa composition en fibre de verre « House II » était exposée, au sein du Pavillon italien de la 47è « Bienale de Venise ».

Une dernière section de cette inoubliable exposition met en valeur, hors catalogue, les oeuvres « pop » de la collection permanente du « BAM », notamment celles d’un autre artiste américainPeter Saul (°San Francisco/ 1934), superbement exposé, il y a peu, au« Delta », à Namur, sous le titre « Peter Saul. Pop, Funk, Bad Painting and More ».

Lors de la visite de presse, à Mons, du vendredi 04 décembre 2020 – postposée depuis la fin octobre, suite à un second confinement culurel, l’exposition n’ayant pu respecter sa programmation initiale -, Xavier Rolanddirecteur du « BAM », expliqua :« Les œuvres viennent surtout des Etats-Unis. Il a donc fallu renégocier avec tous les prêteurs pour défendre l’idée que notre magnifique expo devait être prolongée. C’était pas gagné mais ils ont tous spontanément accepté. »

Comme Arnaud Godarthistorien de l’art et chargé de production au « BAM » , le déplorait :« Le grand public associe le « Pop Art » à Andy Warhol, alors que trop peu de gens connaissent le nom de Roy Lichtenstein« . Hors, les décors du jeu télévisé de « France 2 », « Les Z’Amours », diffusé depuis 1995, sont inspirés de ses oeuvres, ce qui, d’une certaine manière, nous prouve l’importance de cet artiste dans l’Histoire de l’Art.

Vu le succès de la présente exposition montoise, ouverte depuis le samedi 05 décembre 2020, 25 visiteurs étant autorisés toutes les 30 minutes, n’attendez pas avant de réserver votre visite, cette réservation étant obligaoire, en raison de la crise sanitaire, obligeant, comme dans tous les musées, le port du masque et la distanciation physique d’1m50 entre les visiteurs ou leurs « bulles »

 

Ouverture : jusqu’au dimanche 18 avril, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant un « guide du visiteur ») : 9€ (6€, en tarif rédut / 2€, de 06 à 18 ans / 0€, jusqu’ 05 ans inclus). Réservations obligatoires : 065/33.55.80 ou en ligne, via http://www.visitmons.be. En relation avec Andy Warhol, à Liège : sur présentation de vote billet d’entrée de « La Boverie », visite de « Visions multiples », au prix réduit e 06€. Catalogue : Ed. « 24 ORE Cultura »Milan /2020/208 p./38€. Site web http://www.bam.mons.be

 

La mention ** signifie qu’il s’agit d’un extrait du« guide du visiteur », gracieusement offert à l’accueil du musée.

 

 

 

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