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RENÉ MAGRITTE AU « MUSÉE DE LA PHOTOGRAPHIE » EXPO PROLONGÉE JUSQU’AU 20 SEPTEMBRE

 
 
 
 
La marchande d’oubli, 1936 © 2019-2020, Charly Herscovici c/o SABAM
 
 
 
 
« La Marchande d’Oubli »/1936 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

Xavier Canonne, directeur du « Musée de la Photographie », à Mont-sur Marchienne – actuellement fermé pour raisons sanitaires – a pris l’excellente initiative, par respect pour le travail des photographes exposés, de prolonger les expositions temporaires au-delà du dimanche 10 mai, jusqu’au dimanche 20 septembre, la date de la réouverture des Musées n’ayant pas encore été fixée par le Gouvernement Fédéral.

Jacqueline Nonkels (photographe), René Magritte peignant La clairvoyance, Bruxelles, 4 octobre 1936 © 2019-2020, Charly Herscovici c/o SABAM

 « R. Magritte peignant ‘La Clairvoyance’ « /J. Nonkels/1936 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

De nombreux professionnels et amateurs de la photographie pourront ainsi profiter durant cet été, de la découverte, entre autres, de 131 photos consacrées à René Magritte (1898-1967), de lui ou prises par lui-même, réunies au sein de l’exposition temporaire « René Magritte, les Images révélées », qui, après avoir été présente à Honk-KongMelbourneSéoul et Taïwan., nous est présentée, à Mont-sur-Marchienneavec le soutien de la « Fondation Magritte », de la Province du Hainaut, de la banque « CPH » et de « Vedi Express« .

 

« Les Extraterrestres IV – Rue d’Esseghem »/1935 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

Conçue à partir de trois grandes collections privées, de celle du « Musée de la Photographie » et du « Fonds J. Nonkels »  y déposé, l’exposition raconte le peintre autant que le photographe. Nous y retrouvons l’album de famille de René Magritte, avec ses photos d’enfancede ses parentsde son épouse, ainsi que de sa famille intellectuelle, celle qui l’a nourri, le groupe des surréalistes bruxellois qui, dès 1925, accompagnèrent le développement de son œuvre. Notons, aussi, que le côté facétieux de René Magritte n’est pas oublié, lui qui s’amuse avec ses complices, à Bruxelles, notamment dans la rue d’Esseghem et la Forêt de Soignes

 

 

« Bruxelles, Forêt de Soignes »/1939 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

Cet artiste hennuyermondialement réputé pour ses peintures surréalistes, n’était pas connu pour ses photographies. Ce n’est qu’une dizaine d’année après son décès, que ses clichés furent découverts, nous offrant un nouvel éclairage sur son processus de création et les liens étroits entretenus avec « l’image mécanique »photographique, voire cinématographique.

Pour mieux appréhender l’influence de la photographie et du cinéma dans son oeuvre, il convient de visiter cette exposition temporaire, qui nous présente :

– des clichés issus des albums de ses proches ;

– ses petits films, dans lesquels il se met en scène avec son épouse & son cercle d’amis surréalistes bruxellois ;

– ses propres photos qui furent des modèles pour créer ses peintures ;

– d’autres qu’il n’utilisa jamais pour son oeuvre peinte.

 

La marchande d’oubli, 1936 © 2019-2020, Charly Herscovici c/o SABAM

 « La Marchande d’Oubli »/1936 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

… Et Xavier Canonne d’évoquer l’exemple de « La Marchande d’Oubli » qui « demeure une oeuvre à part entière », Renè Magritte ayant simplement posé sa pipe quelques centimètres au-dessus de sa tête, allongée sur le sable…

 

 

 

 

 

 
« L’Ombre et son Ombre »/1930 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

De même, aucune peinture ne suivit sa photo intitulée « L’Ombre et son Ombre », où le couple “fusionne”  leurs visages, le directeur du Musée, qui est, aussi, le commissaire de la présente exposition, ajoutant : « C’est une sorte de création spontanée. Au fond, il se sert de la photographie comme : carnet de notes ».

Prenant en compte ces deux derniers clichés, Xavier Canonne tint à préciser : « S’il était né plus tard, il aurait sans doute vu dans la photo un moyen de diffuser son œuvre… D’ailleurs, d’un point de vue technique, il y a aussi une grande correspondance entre ses peintures et ses photos : elles sont nettes, lisses et très descriptives… »

Plus généralement le commissaire de l’exposition précise : « Magritte n’a jamais eu de modèle professionnel, parce que ça l’emmerdait et coûtait cher. Il sollicitera donc ses amis et son épouse. On la retrouve souvent dans ses photos, le couple se mettant en scène dans des images formant le précipité de ses tableaux ».

« Le Géant-Paul Nougé à la Côte belge »/1937 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

Au fil de ce parcours, décliné en sept sections, nous remarquons, aussi, nombre de portraits où il se cache le visageAvec les mains ou, comme pour « Le Géant-Paul Nougé à la Côte belge »,… un échiquier

« C’est une façon de nier la représentation . Qu’attend-on d’une bonne photo ? Qu’elle soit fidèle à la réalité. Une hérésie pour Magritte, pour qui « les traits du visage n’expriment en rien notre natureOn peut sourire, mais être triste. Le réel n’est-il pas invisible, insaisissable ? Une raison pour laquelle il appréciait tant ‘Fantômas’. Chez Magritte, le mystère demeure essentiel », souligne Xavier Canonne.

Quant à la dernière section de l’exposition, elle nous révèle la passion de cet artiste peintrephotographe à ses heures, pour le cinéma. Ainsi René Magritte tourna quelques films en pellicule ‘Super 8’mettant en scène ses amis dans des séquences burlesquesmais en prenant la chose très au sérieux. Qui sait, peut-être nourrissait-il des ambitions en ce sens !…

 

 

« Le Bouquet »/1936 © Charly Herscovici/ »Sabam » 2019-2020

Soulignant que Xavier Canonne est l’auteur du livre « René Magritte The Revealing Images » (Ed. « Ludion »/ 2017/traduit en français, en 2019, à l’occasion de la présente exposition), notons encore ce qu’il écrit dans le N° 180 de son périodique, fort bien illustré, « Photographie Ouverte » : « Loin d’être des images fortuites ou occasionnelles, des diversions ou des divertisements, les photographies de Magritte éclairent de façon familière la pensée du peintre, témoignant d’une même interrogations devant le mystère de l’univers. »

Autres expositions temporaires accessibles jusqu’au dimanche 20 septembre :

  • « Laurence Bibot – Studio Madame » © Laurence Bibot.
  • « My America » © Diana Matar.
  • « Galerie du Soir » © Mathieu Van Assche.
  • « Boîte Noire » © Agence « Noor Images » (site web : http://www.noorimages.com), présentant deux  courts métrages  :

– « Triumph of the Shill » (10’21) © Nina Berman s’étant inspirée du film de propagande nazie  « Triumph des Willens » (Leni Riefenstahl/All./1935/114′), cette réalisatrice nous emmène à New York, sur la 5è Avenue, et l’accueil que le public américain réserve à Donald Trump

– « Lincoln’s Promise » (9’34) © Jon Lowenstein nous dévoilant, autour du 13è amendement des Etats-Unis, le parcours du train funéraire du Président Abraham Lincoln (1809-1865), entre New York et Wasington D.C.

 

 

« Lincoln’s Promise » © Jon Lowenstein

Mettant en valeur, également, l’image filmée, via ses capsules Instagramdésopilantes, la comédienne bruxelloise Laurence Bilbot nous propose son expo temporaire « Laurence Bibot – Studio Madame ».

M. Duras, dans «L’Air du temps»/1967/singée par © Laurence Bibot/ »Sonuma »/2018

Connue pour ses participations, à la « RTBF », dans le « Jeu des Dictionnaires » ou avec « Les Snuls », sur « Canal C », elle fut l’une des interprêtes des « Monologues du Vagin », d’Eve Ensleb, recueillant un triomphe pour son 3è « seul en scène » « Miss B. », Laurence Bibot – avec la collaboration et le soutien technique de la « Sonuma »et le soutien de la « RTBF » – nous offre, ici, du « playback », incarnant des femmes aussi connues que Barbara (1930-1997), Marguerite Duras (1914-1996), Juliette GrécoSophia LorenAmélie Nothomb, ou encore « Soeur Sourire »(Jeanne-Paule Deckers/1933-1985), voire d’une joueuse de football anonymesa voix provenant (« playback » obliged’une séquence d’une ancienne émission de la « RTBF », « Lundi-Sports ».

Eric Loze, responsable éditorial à la « Sonula », de 2009 à 2019, journaliste à la « RTBF » écrit : « A travers cette collection de plus de 120 séquences, la comédienne met en évidence, non sans ironie, la manière dont les femmes sont représentées dans les médias, entre 1960 et le début des annnées 2000… Laurence Bibot s’approprie les archives de la télévision belge, comme les grands chefs revisitent les classiques de la cuisine : elle en donne une nouvelle interprétation, tout en gardant les saveurs originales, parfois piquantes et douces amères. »

 

 

Joseph Weber/1987-2015/Sunnyvale/California © Diana Matar 

De son côté, Diana Matar – diplômée du « Royal College of Arts », à Londres, et lauréate de différents Prix, dont le « Deutsche Bank Pyramid Award for Fine Art » – s’est livrée à la recherchedurant près de trois ans, aux Etats-Unis, de lieux de crimes,… oui, mais particuliers, puisque commis par des policiers« Je travaille dans une certaine histoire de la photographie, qui revient aux lieux où les choses sont survenues, un genre qui se concentre généralement sur des faits de guerre ou des injustices. Je l’utilise, cependant, pour enregistrer le phénomène constant de la violence policière qui contamine l’Amérique… », nous confie-t-elle.

Pour réaliser ses près de 350 clichés, dont 99 sont exposés – sous lesquels figurent 4 éléments : prénom et nom de la victime, ses dates de naissance et de décèsVille et Etat du crime, toutes ses photos étant totalement dépourvues la moindre présence humaine -, l’artiste s’explique quant à l’utilisation, pour tout matériel photographique, de son simple ‘iPhone’ « Nous ne saurions rien des meurtres policiers sans les smartphones. Les gens ont commencé à les utiliser pour documenter les injustices et les partager sur le web. J’ai pensé qu’il était important d’user de la même technologie en réalisant ces images immobiles…»

Ayant perdu son beau-père dans de telles circonstances, Diana Matar ajoute : « Pour moi, chaque image de ‘My America’ représente non seulement un acte de violence mais aussi la perte d’un individu – un individu avec famille. C’est pourquoi je n’ai pas peur d’user d’une certaine beauté en ces descriptions, un concept qui tend à la controverse dans la représentation de la violence… »

Dans le N° 180 de « Photographie Ouverte », Christelle Rousseaudirectrice adjointe du « Musée de la Photographie » écrit : « … Diana Matar rend hommage à chaque victime, à chacune de ces personnes dont la disparition a plongé une famille dans la souffrance. Ce n’est pas un simple numéro de dossier, une affiare trop rapidement classée, c’est un être humain qui a perdu la vie et auquel la photographe rend hommage à travers ces tirages, qui conjuguent beauté et violence, dans la terrible banalité d’un quotidien soudain éclaboussé. »

 

 

Masques de Carnaval, photographiés par © Mathieu Van Asshe/ »Galerie du Soir »

Enfin, évoquant des masques – qui n’ont rien à voir avec notre pénible actualité -, la« Galerie du Soir » nous propose le travail photographique d’un jeune graphiste-illustrateur, Mathieu Van Asshe, qui explique son projet à Jean-Marie Wynantsjournaliste au « Soir » et commissaire de cette « Galerie »  : « Un jour, je suis allé au Carnaval sauvage (carnaval urbain alternatif/ndlr) dont une copine m’avait parlé. J’avais un petit appareil et j’ai commencé à prendre des photos en me disant qu’il y avait là une bonne matière pour la gravure… La première fois que j’ai suivi le Carnaval sauvage, c’était en spectateur. Maintenant, je participe également. Le fait d’être masqué me permet de vivre les choses de l’intérieur, d’avoir un contact beaucoup plus direct… »

Quelques photographies nous interpellent. A leur sujetMathieu Van Asshe nous dit : « Ce que j’appelle mes ‘photos sabotées’, ça date d’il y a longtemps. J’en avais fait quelques-unes juste pour moi, pour m’amuser. Des photos anciennes trouvées sur le marché aux puces du ‘Jeu de Balle’. Je les ai ressorties il y a deux ans pour une petite expo et j’ai décidé de poursuivre la série. Je leur crée des masques en fonction de l’image, de mon humeur, de toutes les choses que j’ai vues… En travaillant toujours sur les originaux pour leur redonner une seconde vie. Si je ne les transformais pas, ces images finiraient à la poubelle ou dans le meilleur des cas chez un collectionneur. »

Et lorsque Jean-Marie Winants lui demande ce qu’il fait exactement, Mathieu Van Asshe répond : « Je fais des images. Et pour moi, une photo est une image au même titre qu’une illustration ou une gravure. C’est la même démarche : susciter des réactions à travers une création spontanée. Je ne cherche pas à délivrer un message. Par contre, ça m’intéresse de voir comment les gens interprètent les choses. Ce sont ceux qui regardent une image qui la font vivre en lui donnant parfois un sens auquel je n’ai pas du tout pensé. »

Alors, de Mathieu Van Asshe à René Magritte, en passant parLaurence Bibot et Diana Matar, voici 4 bonnes raisons de nous rendre à Mont-sur-Marchiennedès la réouverture des Musées

Ouverture : jusqu’au dimanche 20 septembre, du mardi au dimanche, de 10 à 18h. Prix d’entrée (collection permanente incluse) : 7€ (5€, pour les seniors et par membre d’un groupe d’adultes /4€, pour les étudiants /0€, jusqu’à 11 ans inclus et, pour tous, les premiers dimanche du mois. Périodique « Photographie Ouverte »  N° 180 : 5€. Catalogues et Ouvrage de Xavier Canonne « René Magritte. Les images révélées » et catalogues : disponibles à la boutique du MuséeSite web : http://www.museephoto.be

 

L’accueilant jardin du © « Musée de la Photographie »

… Et si le temps est ensoleillé, lors de notre visite, au sortir d’un long confinement, n’hésitons pas à profiter d’une ballade dans l’accueillant jardin du Musée

 

 

 

 

 

 

 

 

Yves Calbert.