13 avril 2021

« L’AMÉRIQUE LATINE ÉRAFLÉE », À LA « FONDATION A. STICHTING », JUSQU’AU 27 JUIN, À FOREST

« Le Monde est en profonde mutation. Il ne sera plus jamais comme Avant. Le retour aux Valeurs Essentielles est primordial. Quel sera le Monde que nous léguerons à nos enfants ? Une  ‘Amérique latine Éraflée’ ? »

« Ventana XXVI »/La Perla/Callao/Pérou © Fernando La Rosa/1976

C’est en ces mots, écrits à Bruxelles, en mars 2021, qu’Astrid Ullens de Schooten Whettnallprésidente-fondatrice de la « Fondation A Stichting », introduit le catalogue de cette intéressante exposition d’une centaine de photographies  réalisées par 17 artistes latino-américains et 3 Européens vivant ou ayant vécu en Amérique latine, qui nous plonge dans la réalité de cette région, bien éloignée des clichés touristiques traditionnels

« Les Poulets »/Juchitán/Mexique © Graciela Iturbide/1979

Etant elle-même collectioneuse de photographies, elle partage le commissariat de cette exposition avec Alexis Fabry  (°Neuilly-sur-Seine/1970), spécialiste français de la photographie latino-américainedirecteur artistique délégué d’ « Hermès Maison »co-fondateur, en 2003, des « Éditions Toluca », qui signe la note d’intention de cette  « Amérique latine éraflée » :

« Les murs éraflés des architectures en ruine, en Argentine, au Chili, en Colombie, à Cuba, au Mexique, au Pérou, portent, festonnés de salpêtre, le poids du temps et de la revendication politique. Les pierres arrachées aux civilisations anciennes, délestées de leur polychromie, ont construit l’utopie moderniste, mais, ni les fantasmes urbains ni les révolutions, n’ont sauvé l’Amérique latine, abîmée dans la violence. »

Sans titre/Colombie © François Dolmetsch/1979

« La première révolution du XXè siècle, au Mexique, échoue sur la ‘dictamolle’ d’un Parti révolutionnaire institutionnel hégémonique. Les espoirs de la révolution cubaine, quelques décennies plus tard, sombrent dans la désillusion. Ailleurs sur le continent, les tentatives démocratiques sont emportées par la dictature ou la guerre civile. L’économie informelle se nourrit du trafic des stupéfiants, qui finance les guérillas et s’insinue jusque dans les  appareils d’État. »

Série « Femmes en Prison »/Unité N° 8/Los Hornos/La Plata/Argentine © Ariana Lestido/1991-1993

« Les sociétés inégalitaires abritent des rêves meurtris. Sur les murs décrépis, slogans publicitaires et   politiques se décomposent dans les couches des affiches lacérées. Les nuits liméniennes sont insomniaques, les prostituées de Buenaventura consument leur jeunesse dans la moiteur endormie de la Côte Pacifique, des mères et leurs enfants survivent dans l’obscurité des prisons de La Plata. Aux marges de Santiago, les travestis  tentent d’esquiver les rafles des militaires, tandis qu’ils se mêlent, à Mexico, aux nuits fauves de la contre-culture. Ces photographies, parfois grattées, incisées, éraflées, hantées par les déchirures d’un continent, dessinent l’anatomie d’un paysage accablé. »

« Volando bajo/Mexico » © Pablo Ortiz Monasterio/1989

Les photographies exposées ont été réalisées par :

David Consuegra (Colombie/1939-2004), Pablo Ortiz Monasterio (°Ciutad de Mexico-Mexique/1952), Luz María Bedoya (°Lima/1969), Fernell Franco (Colombie/1942-2006), Facundo de Zuviría (°Buenos AiresArgentine/1954), Paz Errázuriz (°Santiago-Chili/1944), Fernando La Rosa (Pérou/1943-2017), Adriana Lestido  (°Buenos Aires-Argentine/1955), Miguel Ángel Rojas (°Bogota-Colombie/1946), Juan Travnik (°Buenos Aires-Argentine/ 1950), Luc Chessex (°Lausanne/1936/photographe suisse, ayant vécu 15 ans à La Havane, à Cuba),  Pablo López Luz (°Ciutad de Mexico-Mexique/1979), François Dolmetsch (°Cambridge/1940/photographe britannique, vivant depuis 59 ans, à Cali, au Chili), Johanna Calle (°Bogota-Colombie/1965), Agustín Martínez Castro (Mexique/1950-1992), Paolo Gasparini (°Gorizia/1934/photographe italien, vivant depuis 67 ans, à Caracasau Venezuela), Óscar Pintor (°San Juan-Argentine)/1941), Graciela Iturbide (°Ciutad de Mexico-Mexique/ 1942), Sergio Trujillo (°Bogota-Colombie/1947) et Jaime Villaseca (°Vina del Mar-Chili/1949).

Série « Fermetures »/Santiago/Chili © Jaime Villaseca/1978

Présentation des deux commissaires d’ « Amérique Latine Éraflée » :

* L’histoire d’Astrid Ullens de Schooten Whettnall, c’est, comme elle nous le déclare, celle d’une personne qui pensait n’être personne (« dans le milieu où j’ai grandi, les filles n’existaient pas, les garçons avaient de la valeur, à l’opposé des
filles »
). A 82 ans, elle investit la moindre parcelle de vie disponible (« chaque minute présente est un miracle qui ne reviendra pas »). Sa « Fondation A Stichting » donne un sens à sa vie (« à mon âge et sur ma dernière ligne droite,
on n’est plus dans la morale, mais dans l’ouverture »
). Notons, côté histoire, que sa familleUllens de Schooten, fut anoblie, en 1693, par le Roi Charles II d’Espagne

Astrid Ullens de Schooten Whettnall, commissaire belge d’ « Amérique Latine Éraflée » © E.G./ »La Capitale »

* Venu spécialement de Paris pour l’accrochage de la présente exposition et sa présentation à la presse, Alexis Fabry  fut le commissaire de très nombreuses expositionsà Bogota (2013), Buenos Aires (2019), Mexico (2018 et 2019),  New York (2014 et 2017), ainsi qu’en Europe (aux « Rencontres de la Photographie » d’Arles ; à la  « Photographers’ Gallery », à Londres ; dans le cadre de « Photo Espana »à Madrid ; à la « Fondation Cartier pour l’Art contemporain »à Paris ; …).

Alexis Fabry, commissaire français d’ « Amérique Latine Éraflée » © Agustin Salinas/ »El Universal »

Soulignons, enfin, que la « Fondation A Stichting » ouvrit ses portes en 2012, au sud de Bruxelles, sur le site des anciennes usines de chaussures « Bata »Reconnue d’utilité publique, elle a pour vocation de soutenir la création, la connaissance et la conservation de l’image photographique, étant partenaire de projets  d’expositions  et  d’éditions, organisées en collaboration avec des institutions culturelles belges et étrangères. Cette  Fondation se définit comme étant un acteur culturel, participant à la vie d’un quartier anciennement vouée à l’industrie, possédant, aujourd’hui, différents lieux consacrés à la création artistique.

« Notre Société est une Merde »/Caracas/Venezuela © Paolo Gasparini/1972

N’hésitons donc pas à découvrir cette exposition, qui fête la réouverture de ce lieuresté fermé depuis mars 2020. Entre  revendications politiques et rêves meurtris, ces photographies témoignent des aspirations de peuples écrasés par la violence d’État, une violence que nous constatons dans l’écrituresur des murs ou sur le sol (« Notre Société est une Merde »), comme à Caracas, au Venezuela, ou dans la ruedès l’enfance, notamment à Cuba, avec des garçons de la Révolution braquant le photographe, en rigolant, avec des pistolets factices.

« Hier, j’ai vu un Enfant jouer »/Cuba © Luc Chessex/1962-1974

Ouverture : jusqu’au dimanche 27 juindu mercredi au dimanche, de 13h à 18h. Prix d’entrée : 5€ (2€, pour les étudiants, enseignants, demandeurs d’emploi et seniors / 0€, pour les moins de 12 ans et pour tous, tous les premiers mercredis du mois. Réservations obligatoires : via le site web. Renseignements : 02/502.38.78  ou  info@fondationastichting.beCatalogue : « Ed. Toluca »/broché/168 pages. Adresse : Avenue Van Volxem, 304, 1190 ForestAccès : trams 82 & 97, bus 49 & 50/arrêt « Wiels »Site web www.fondationastichting.be.

Yves Calbert.

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