FILM : « FREE TO RUN » ET LES DROITS DE LA FEMME, SUR « AUVIO-RTBF »

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Affiche du film, en salles, en Belgique, en 2016, sur « Auvio-RTBF », en 2020 (Pierre Morath)
 
 
Si dans l’antiquité, aux « Jeux Olympiques », les compétitions étaient exclusivement masculinesles femmes n’étant même pas admises comme spectatrices, bien plus près de nous, au XXè siècle, les athlètes féminines ne pouvaient pas être admises en compétition au-delà du… 800 mètres, dans les années ’60, … et jusqu’aux 1.500 mètres, dans les années ’70…
 
 
Si ceci peut, aujourd’hui, nous paraître incroyabletelle était la réalitéles femmes ne pouvant donc participer à aucun  marathon, même comme simple joggeuse amateure
 
 
Etant sorti en salles, en avril 2016, « Free to Run »  (Pierre Morath/Sui.-Fra.-Bel./2016/99′), ce très intéressant reportage, distribué dans une vingtaine de pays, fut programmé au « Cinéma Aventure » et au « Cinéma Vendôme », à Bruxelles, n’étant présenté, le plus souvent, qu’en projection unique événementielle, comme à Liège, le 20 mai 2016, au « Sauvenière », ou à Namur, au « Caméo », le 24 mai 2016, dans ce dernier cas, suivie d’un débat, animé par Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef de la revue « Zatopek », avec la participation de Julie Minet,  joggeuse amateure, affiliée au « Running Club Namur », et de Roger Igo, ayant entraîné au « SMAC »-Namur, avant de devenir entraîneur fédéral  de demi-fond et coach de courses de montagne, une spécialité dont il fut, en 2010, champion d’Europe
 
 
Aucun jogging ou marathon n’étant organisé actuellement et tous les cinémas étant ferméspour raisons sanitaires, profitons donc de l’occasion de pouvoir (re)découvrir ce long-métragegratuitementà la maison, sur « Auvio-RTBF », via le lien https://www.rtbf.be/auvio/emissions/detail_free-to-run?id=16624.
 
 
Synopsis « Des rues de Boston – où fut organisé le 1er marathon, en 1897 – et New York, jusqu’aux sentiers des Alpes suisses, avec des coureurs à pied,  féminines et masculins, champions ou anonymes, étant, aujourdhui, des dizaines de millions à courir sur routes, sachant qu’ il y a 40 ans, la course à pied sur route était encore considérée comme un acte marginal, une pratique quasi déviante cantonnée aux athlètes masculins et à l’enceinte des stades ou des parcours de cross-country. «Free to Run» retrace la fabuleuse épopée de ce sport solitaire, devenu passion universelle, ce documentaire de Pierre Morath étant un hymne à la gloire de la course libre… »
Marathon de Boston : Jock Semple tentant d’arrêter Kathrine Switzer © « Free to Run »/P. Morath
Joggeurs protégeant Kathrine Switzer, éloignant Jock Semple © « Free to Run »/Pierre Morath
Lors du marathon de 1967, l'entraîneur et le compagnon de Kathrine Switzer prennent sa défense pour qu'elle puisse terminer sa course.
Kathrine Switzer réussissant à poursuivre sa course © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
Comme l’illustrent fort bien les photos ci-dessusissues du film du réalisateur suisse Pierre Morath (°Genève/ 1970), nous découvrons la mésaventure de l’Américaine Kathrine Virginia Switzer Amberg/All./1947), première femme ayant participé, munie d’un dossard, à un marathon. C’était à Boston, en 1967, sachant que, ne pouvant s’inscrire sous un prénom fémininelle avait dû le faire sous un prénom ne révélant pas son genre, utilisant, en fait, les initiales de ses deux prénoms K.V. Switzer.
 
 
Cette athlète ayant pû terminer ce marathon, grâce à l’appui physique de deux athlètes courant à ses côtés , qui repoussèrent, au 6è km, l’un des organisateursJock Semple, qui voulait arrêter Kathrine Virginia Switzer, lui criant : Tirez-vous de ma course et donnez-moi ce numéro » (son dossard, ndlr), la coureuse étant défendue par son entraîneur, Arnie Briggs, et son compagnon, Tom Miller,qui poussa Jock Semple vers le bas-côté, d’un violent coup d’épaule, ce qui permit à la coureuse de poursuivre son parcours.
 
 
Kathrine Virginia Switzer  témoignait, pour « Vanity Fair » « Instinctivement, j’ai tourné la tête et je me suis retrouvée nez-à-nez avec le visage le plus vicieux que j’ai jamais vu. Un homme grand, énorme, édenté, était résolu à bondir, et avant que je puisse réagir, il a attrapé mon épaule et m’a tirée en arrière. Ce moment a changé ma vie. J’ai baissé les yeux et j’ai essayé de me concentrer sur ma course. Je me suis répétée que je devais finir la course, peu importe le temps ou mon état physique. Autrement personne ne croira qu’une femme en est capable. C’est en ceci que c’est devenu un acte politique. Avec le recul, je me demande comment j’ai pu avoir le courage de prendre cette décision à seulement 20 ans… »
 
 
S’en suivit, pour elle, sa lutte pour donner le droit aux femmes de courir et de participer à des compétitions sportives, elle qui, à son arrivée, fut disqualifiée de ce marathon et interdite à vie (sanction qui fut, bien sûr, levée par la suite) de la pratique de l’athlétisme, par l’ « A.A.U. »  (« American Athletic Union »), qui interdisait toute  participation féminine à des marathonssur tout le territoire américain, une interdiction qui ne fut levée qu’en 1972il n’y a que 48 ans
Free to run, film de Pierre Morath (2015)
« Pourquoi pas les femmes », un tee-shirt qui ne plait pas à tous (1967) © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
Ces étonnantes images d’archives et ces témoignages verbaux de marathoniens, nous rappellent, voire révèlent aux plus jeunes, la lutte menée pour avoir la liberté de courir à pied, en tant que femme,… voire pour des licencié(e)s à un club d’athlétisme, d’être autorisé(e), début de années ’70, à pouvoir courir des « joggings », ces courses n’étant pas organisées, ni en France, ni en Belgique, par aucune des deux Fédérations nationales d’athlétisme.
 
Ainsi, Emiel Puttemans Vossem/1947), notre ancien recordman mondial« outdoor » et « indoor », des 3.000 et 5.000 m, et « indoor » du 10.000m, vice-champion olympique, à Munich, en 1972, fut suspendu, plusieurs mois, par la « LRBA » (« Ligue Royale Belge d’Athlétisme ») pour avoir participé à une course sur route.
 
 
Mais revenons au film et à Kathrine Virginia Switzer, en écoutant certains propos tenus dans une séquence de ce filmtournée en 1967 :
– « C’est vraiment laid de voir une femme courir sur une piste, c’est pas beau » ;
– « Pour une femme qui n’est pas douée, courir sur des pistes, ce n’est pas beau… Les gymnastes sont belles, les patineuses sont belles, mais pas les coureuses, hein » ;
– « Si tu cours, tu vas avoir des jambes épaisses, des poils vont pousser sur ta poitrine. Tu vas devenir un homme ou, peut-être, encore pire » (sic) ;
– « Il fut un temps où courir était une activité de fous, de farfelus complets, d’excentriques, de contestataires ».
 
 
… Encore heureux qu’au XXIè siècle l’on dit, plutôt, évoquant les sportives : « Belles parce qu’elles courent », ce que ne peut démentir ni Nafissatou Thiam Namur/1994), notre brillante championne olympique d’heptathlon, ni toute autre athlète féminine…
L’image contient peut-être : 4 personnes
Kathrine Switzer, au marathon de Boston © Harry Trask/« Boston Herald »/19 avril 1967
 
 
Notons que bien avant le montage de ce film, ce sont les clichés du photographe américain Harry Trask (lauréat d’un  « Prix Pulitzer », en 1957), publiées, au lendemain de l’épreuve, par le quotidien « Boston Traveler », qui révélèrent cette scandaleuse intervention de Jock Semple
 
 
Autres sujets évoqués au sein du film « Free to Run » :
 
 
*** le 1er Marathon féminin des J.O., en 1984, à Los Angeles, avec ces images incroyables d’une enseignante du ski alpin, en Idaho, aux Etats-Unis, la Suissesse Gabrielle Andersen-Schiess Zurich/1945) terminant sa course en titubant (derniers 400m en 5’44 ») étant totalement déshydratée, ce 1er titre olympique revenant à l’Américaine Joan Benoit (°Cape Elisabeth/USA/1957), en 2h24’52 », Gabrielle Andersen-Schiess terminant 37è (en 2h48’42 ») sur 44 athlètes classées, pour 50 partantes.gabrielle-andersen-marathon
Gabrielle Andersen-Schiess, 37è du 1er marathon féminin olympique © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
*** le marathon de New York  (bouclé par… 55 coureurs, eclusivement masculins, lors de sa 1ère édition, en 1970) et son fondateur, l’Américain, d’origine roumaine, Fred Lebow (né Fischel Lebowitz/1932-1994), véritable symbole de l’ascension des marathons populaires, ce qui justifie la création d’une sculpture à son effigie, sise à Central Park, là où se trouvait la ligne d’arrivée du marathon, en 2006.
 
 
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Fred Lebow, fondateur du Marathon de New York, en 1970 © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
*** la courte carrière de Steve Prefontaine (1951-1975/décédé dans un accident automobile), athlète américain,  médaillé d’or, en 1971, aux « Jeux panaméricains », ayant participé activement au  développement d’une petite entreprise de l’Orégon, répondant au nom de… « Nike »
Steve Prefontaine © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
*** l’épopée d’un magazine bimestrielayant démocratisé la course à pied, en la faisant sortir des stades,  « Spiridon » (1972-1987/dont le titre de presse évoque le 1er champion olympique du marathon, en 1896, le  Grec  Louis Spyridon {1873-1940}), fondé par un ancien coureur à pied suisseNoël Tamini Saint-Léonard/1937/ lauréat, en 1997, à Paris, du« Prix du Club de la Presse »).
Noël Tamini © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
*** le champion olympique, à Munich, en 1972, médaillé d’argent, à Montréal, en 1976, l’Américain Frank Shorter  Munich/1947), fils d’un médecin de l’armée américainecaserné en Allemagne.
Frank Shorter  © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
*** la 1ère femme ayant terminé, en 1966, le marathon de Boston, l’Américaine Robbi Gibb (née Roberta Louise Gibb/°Cambridge/USA/1942),… mais sans y être inscrite et donc non classée.
Bien loin de 55 athlètes classsés au 1er marathon de New York © « Free to Run »/Pierre Morath
 
 
Sport pour tous, au contact de la nature :
 
 
« Quand tu cours, tu es plus réceptive au feuillage de la forêt, au ciel bleu, … Tu respires l’air pur et tu te sens vivre sur cette terre », comme l’exprime une voix de femme
Courir librement, au contact de la nature © « Free to Run »/Pierre Morath
 
De fait, la course à pied, ce ne sont pas que des compétitions sur pistes synthétiques ou sur macadam, mais, fort heureusement, aussi, d’agréables moments au contact de la natureà l’alure de son choix, sur des chemins de campagne ou en forêts, ce que ce documentaire démontre avec brio, mettant en avant, outre la recherche de libertéla relation entre l’individu et son environnement.
 
Assurément, au 21ème siècle« Courir est un phénomène de société ».
 
Critiques de la presse (2016) :
 
  • « Plus que l’histoire de la course à pied, cet excellent documentaire raconte celle d’une course pour la liberté et l’égalité » (par Emilie Rivenq/pour « Elle ») ;
  • « Ode au dépassement de soi, à la nature et à la liberté, le documentaire de Pierre Morath retrace la belle histoire du ‘running boom’ «  (par Victoria Gairin/pour « Le Point ») ;
  • « Courir a été une libération, il est temps de s’en souvenir » (par Daniel Bernard/pour « Marianne ») ;
  • « Un époustouflant inventaire des grandeurs et misères de la mentalité des hommes » (par G. To./pour « Les Fiches du Cinéma ») ;
  • « L’esthétique globale se révèle accrocheuse et efficace et la passion de Pierre Morath pour le sport et le cinéma, totalement communicative » (par Audrey Planchet/pour « L’Express ») ;
  • « Le film génère une telle énergie et prône si ardemment le progrès social qu’on en oublie ses faiblesses formelles » (par Nicolas Didier/pour« Télérama ») ;
  • « ‘Free to Run’ est un film qu’il faut courir voir » (par Frédéric Sugnot/pour « L’Humanité »).
L’image contient peut-être : 4 personnes, texte
Pour lire davantage d’aviscritiques, n’hésitons pas à nous rendre sur les sites : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-242732/critiques/presse/et http://www.allocine.fr/film/fichefilm-242732/critiques/spectateurs/
Soulignons que le site web  http://www.allocine.f ayant recueilli 86 notes de ses lecteurs cinéphiles, la moyenne qualitative de « Free to Run » est de 4,2 sur 5. Parmi 26 critiques exprimées par des cinéphiles, notons : « Un magnifique documentaire qui transcende son sujet et donne envie de courir et se battre pour la liberté » (12 avril 2016).
Un livre :
Free to run
Couverture du livre édité en 2019 © Pierre Morath/ »Arthaud »
A souligner que « Free to Run » est également l’objet d’un livre éponyme (Pierre Morath/Ed. « Arthaud »/ broché/135 x 219 mm/2019/208 p./19€90), édité trois ans après la sortie du film, nous permettant de nous plonger dans les coulisses de sept ans d’enquête.
Synopsis : « Depuis l’Oregon, aux États-Unis, considéré comme le berceau du joggging, jusqu’à Marvejols, en Lozère, où, dans les années ’60, Noël Tamini, créateur de la revue internationale de course à pied ‘Spiridon’, s’est imposé comme l’apôtre de la course à pied libre… »
Notes complémentaires :
Pierre Morath, réalisateur du film et auteur du livre « Free to Run »
 
Pierre Morath : se blessant au tendon, il ne peut participer, sur 1.500 men 1996, aux J.O., à Atlanta, ayant étudié l’histoire et le journalisme, il écrit des livres et se consacre au cinéma, en autodidacte, étant le lauréat, en 2008, du « Prix de la Ligue des Droits de l’Homme », au « Festival des Libertés », à Bruxelles, pour son film  « Togo, une Géopolitique du Football » (co-réalisé par Nicholas Peart/Suisse/2007 /90′), ainsi qu’en 2013, pour son autre film « Chronique d’une Mort oubliée » (Suisse/2012/63′), la« Nymphe d’Or du meilleur reportage de Société », au « Festival de Télévision de Monte-Carlo », à Monaco, et du« Prix catholique des Médias », à Fribourg.
Kathrine Virginia Switzerétudiante en journalisme à l’Université de Syracuse, elle participe, à 20 ans, le 17 avril 1967, au marathon de Boston, une épreuve qu’elle court à 8 reprises, la dernière fois, à l’occasion de la 121è édition de l’épreuve, le 19 avril 2017, à 70 ans50 ans après sa première participation, avec le dossard N° 261, comme en 1967. Présente deux fois sur le podium féminin, elle termine , en 1975, en 2h51’37 » (le record personnel de ses… 41 marathons), et en 1972, la 1ère année de participation autorisée des coureuses.
Kathrine Switzer (à gauche) au marathon de Boston 2017
Kathrine Switzer (même N° 261 qu’en 1967) de retour à Boston, en 2017 © « B3INFOS »
A souligner sa victoire au marathon de New York, en 1974, en 3h07’29 », son 41è marathon étant celui de Londres, couru le 22 avril 2018, à 71 ans, en 4h44’49″, mettant précisément… 18 secondes de plus qu’en 2017, à Bostonune bien belle régularité, à son âge.
Ayant écrit plusieurs ouvrages, elle a donné son nom au stade d’athlétisme de Dunkerque, elle est nommée Coureuse de la Décennie 1967-1977, par le magazine « Runner’s World », voyant, en 2011, son nom être repris sur la liste du « National Women’s Hall of Fame »à Seneca Fallsdans l’Etat de New York, pour avoir introduit une  révolution sociale, en encourageant la reconnaissance de la force des femmes à travers la course à pied. Enfin, Kathrine Virginia Switzer  reçut un « Sports Emmy Award », pour ses prestations comme commentatrice pour une chaîne de télévision.
Pour accéder à la vision de “Free to Run”, n’oublions donc pas le lien 
Yves Calbert.

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